Angélina Tezanou naît à Bafou, une bourgade de l'ouest camerounais, dans la région Bamiléké, au sein d'une grande famille agricole. Atteinte d'une rétinite pigmentaire, elle perd progressivement la vue. Une religieuse, Agnès Guyot, s'inquiète de l'avenir de la petite fille et lui trouve en France une école spécialisée qui l'accueille : Angélina a sept ans lorsqu'elle quitte le Cameroun.
Elle grandit chez les sœurs, puis à l'Institut national des jeunes aveugles, portée par une soif de réussite tenace. Elle décroche un DEA de droit international économique et commercial et entame une thèse. Puis elle quitte tout pour la musique. Les sœurs lui avaient appris le chant, le violon et le piano ; elle y ajoute la guitare et chante d'abord dans les restaurants parisiens pour financer ses études.
De ces scènes modestes aux formations antillaises Kawatch et Les Girls, elle affûte sa voix avant de se lancer en solo. En 1990 paraît Poison, un album de zouk qu'elle produit elle-même — disque d'or au Togo, tournées internationales, albums emportés par milliers pour ses fans.
Mais elle refuse de se laisser enfermer dans un seul genre. Au zouk succèdent le reggae, le ragga et le R'n'B (Ebénite, 2006), le best-of Mosaïque (2008), puis Vues d'Afrique (2017), où elle relit à sa façon les chansons françaises qui l'accompagnaient à ses débuts. Zouk, funk, reggae, folklore camerounais, variété : sa musique franchit les frontières comme elle a traversé les continents.
Chanteuse, mais pas seulement : conseillère à Pôle emploi, présentatrice de télévision, militante. Angélina Tezanou avance droit dans les yeux — et ne demande la permission de personne.







