Jeune Afrique parle de Angélina

Angélina Tezanou : droit dans les yeux

Chanteuse, présentatrice télé, militante, conseillère à Pôle emploi… Cette Franco-Camerounaise aveugle défie les clichés.

Elle ouvre la porte et vous regarde. Vous vous dites que non, Angélina Tezanou n’est pas aveugle. Et puis elle vous conduit vers son salon par un long escalier obscur en faisant danser sa main sur la rampe, hésitant légèrement avant de vous désigner un épais fauteuil noir.

L’appartement est au neuvième étage d’une barre d’habitation du XVe arrondissement, avec vue sur la Maison de la radio. De modestes articles de vannerie rapportés de son pays d’origine, le Cameroun, encombrent une étagère. C’est à Bafou, bourgade proche de Bafoussam, dans l’ouest du pays, que la quadragénaire (elle refuse coquettement mais fermement de donner son âge) a fait ses premiers pas dans le vaste domaine agricole d’une famille comptant pas moins de 24 enfants.

Angélina Tezanou est la fille de la cinquième épouse de son père. De ses jeunes années, elle garde une foule d’images : le petit seau bleu qu’elle emportait au marigot, les couleurs du marché, le pagne de sa mère auquel elle s’accrochait pour ne pas trébucher sur les chemins cabossés… La petite fille atteinte d’une maladie dégénérative – une rétinite pigmentaire - avait déjà du mal à voir.

Angélina Tezanou se sait différente. « Dans le village, ma mère était considérée comme une sorcière, car trois de ses enfants étaient devenus aveugles. Moi, je n’allais pas à l’école, c’était considéré comme une perte de temps. Si j’étais restée, j’aurais été condamnée à mendier auprès de ma famille pour vivre. » Un coup de pouce « divin » en décide autrement. Une religieuse, Agnès Guyot, s’inquiète de l’avenir de la petite fille et finit par trouver en France une école spécialisée qui accepte de l’accueillir gracieusement.

« Impossible de me souvenir du jour où j’ai perdu la vue, confie aujourd’hui Angélina. J’étais préoccupée par mes études, j’avais une vraie soif de réussite… Si mes résultats n’étaient pas à la hauteur, je retournais au Cameroun. Je suis restée chez les soeurs jusqu’à la troisième, puis à l’Institut national des jeunes aveugles. J’ai enchaîné sur un DEA en droit international économique et commercial. J’ai compris que je devenais aveugle quand je suis tombée dans les escaliers du métro. Le passage à la canne blanche a été très difficile… Cela affectait ma silhouette, ma féminité. Dans mon lit, lorsque j’ouvrais les yeux, j’étais toujours dans le même brouillard gris. »

Dans son salon parisien, des albums en pagaille. Sur la chaîne hi-fi, Maxime Le Forestier voisine avec Cesaria Evora. Au mur, une affiche montre Tezanou drapée de rose satiné, bijoux et sourire éclatants. C’était en 1990, au temps de l’album Poison, disque d’or au Togo. L’époque des tournées internationales, lorsqu’elle emportait 2 000 à 3 000 albums pour contenter ses fans.

Un jour, la trop sérieuse étudiante a basculé, abandonnant sa thèse en droit de l’environnement pour se consacrer à la musique. Les soeurs lui avaient appris le chant, le violon et le piano, elle a complété avec la guitare pour chanter cette variété qui passait à la radio. Pour payer ses études, elle a joué dans des restaurants, intégré des groupes de zouk, avant de se lancer en solo. Son cinquième album, des reprises de chansons françaises, sortira fin mars.

Mais la musique n’est que le talent le plus médiatisé du phénomène Tezanou. Cette hyperactive gagne sa vie depuis douze ans en tant que conseillère à Pôle emploi, à l’antenne spectacle et audiovisuel. Mais on l’aperçoit aussi sur le petit écran : elle a officié sur Télésud, une web TV, et est actuellement en pourparlers avec Ubiznews TV pour une émission à venir au printemps. Militante, elle soutient son frère Paul, qui dirige le centre d’accueil Notre-Dame-de-la-Paix, à Dschang, où des dizaines d’étudiants handicapés apprennent le braille.

Elle a créé en 2006 les associations Angel Music et Cécimode. La première assure la promotion d’artistes handicapés quand la seconde propose des services de relooking aux non-voyantes. « Je me suis aperçue que les aveugles étaient souvent mal fagotées… Beaucoup de structures visent à améliorer l’éducation, l’accessibilité, mais on oublie que les femmes aveugles sont avant tout des femmes ! Elles ont un corps qui aime, qui désire. Et se sentir belle permet de gagner en confiance en soi, ce dont nous avons beaucoup besoin. »

Dernier chantier en date : la politique. La très pragmatique Tezanou, d’abord tentée par l’écologie, s’est rapprochée de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), qui contrôle son arrondissement parisien. « Les plus grandes avancées pour le handicap ont été réalisées par la droite », soutient-elle, rappelant la loi pour l’égalité des chances adoptée durant la présidence Chirac. Membre du Conseil national des Français pour la diversité créé par le parti de Nicolas Sarkozy, mais gardant toujours son franc-parler, elle a un côté poil-à-­gratter. Aux conventions de l’UMP, Tezanou fait rire, choque un peu, mais avance ses pions.

« Je me suis rapprochée de l’association Les Chemins de la réussite, qui permet à des jeunes méritants du monde entier d’avoir accès à l’éducation, aux grandes écoles et d’être parrainés pendant un an par des personnalités. Cette année, j’ai fait en sorte qu’il s’agisse de handicapés. Voilà du concret ! » Angélina Tezanou sourit, toujours en vous regardant droit dans les yeux.

Source : http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2822p052.xml0/france-musique-handicap-t-l-vision-parcours-ang-lina-tezanou-droit-dans-les-yeux.html

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Angelina Tezanou – Chanteuse : « Les Africaines sont des perles »

Angélina by Lethal Prod - Fevrier 2011Arrivée en France à l’âge de sept ans, cette non-voyante impressionne. Titulaire d’un D.E.A de droit international obtenu à l’université de Paris I, juriste, créatrice de mode, auteur-compositrice, interprète, chanteuse, Angelina Tezanou – issue d’une famille d’artiste – vient de mettre sur le marché son best of qui comporte un CD et un DVD.

Comment expliquez-vous votre force qui vous briser tous les obstacles ?

Mon handicap ne m’empêche pas de faire quoi que ce soit. Je suis Angelina Tezanou avec tout ce qui me caractérise et puis, même si j’ai vécu un incident qui fait que je ne vois pas, ce n’est pas ce qui me détermine. C’est pour cela que m’en parle pas. Ce qui fait ma personnalité, c’est le fait d’être africaine, artiste, intellectuelle et aussi d’être une femme.

Depuis quand avez-vous commencé la musique ?

Issue d’une famille de musiciens, j’ai commencé la musique toute petite. Quand je suis arrivée en France, j’ai eu de la chance d’être envoyée dans un internat où j’ai pu apprendre la musique : le piano, le violon. Je chantais beaucoup dans les chorales. A 10 ans, j’ai sorti un album de musique de musique religieuse avec les enfants de mon école. Ensuite quand je suis devenue adolescente je me suis initie à la guitare parce que j’avais envie de chanter de la variété. J’ai une formation classique à la base et étant chez bonnes sœurs, j’écoutais la radio, il y avait très peu de loisirs. J’aimais la lecture et la musique. Jeune étudiante, j’i découvert le Zouk. J’ai commencé à intégrer les groupes antillais en tant que pianiste, puis j’ai chanté de la variété française et anglaise dans les cabarets pour financer mes études de droit, puis j’ai rencontré les « GIRLS ». Elles m’ont engagée comme guitariste chanteuse et nous avons sorti un album en 1989 et en 90, j’ai décidé de faire une carrière solo en sortant mon premier album intitulé « POISON ». Aujourd’hui j’ai quatre albums à mon actif. Je me laisse du temps pour faire d’autres activités.

Vous venez de mettre sur le marché parisien votre best of cela était-il indispensable ?

Cette sortie était effectivement indispensable car j’ai effectué un revirement à 190° dans le genre musical. Mon public avait du mal à suivre. Ce best of me permet de faire un point sur l’ensemble de ma carrière et de satisfaire mon public qui était demandeur. A travers ce best of, je voulais dire aux mélomanes que j’adore l’Afro-Zouk. J’arrive à toucher le cœur des jeunes avec des musiques modernes et des textes percutants.

Vous apportez une aide appréciable aux non-voyants en France.

Etant juriste à la base, j’ai travaillé dans des cabinets que j’ai quitté parce que le côté social manquait. J’ai travaillé dans une structure pour aider des personnes qui venaient de perdre la vue à se restructurer. Je leur apprenais le braille et les techniques d’orientation, à marcher avec la canne. C’était très intéressant, j’arrivais à leur faire accepter leur cécité. Nous faisions des ateliers de lectures, et leur faisait découvrir la musique et la danse africaine pour qu’ils puissent se retrouver dans leur corps. J’ai passé un concours administratif pour travailler au pôle emploi et aujourd’hui, je suis dans l’orientation professionnelle. J’aide les demandeurs d’emploi à retrouver du travail ou une formation et, de l’autre côté, je suis avec les entreprises qui souhaitent passer des offres et leurs trouver des candidats, je fais de la présélection pour les entreprises et à mi-temps de la musique dans ma propre structure « ANGEL MUSIQUE ».

 

Amina n°471 2009 par Ahmed TOURE

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Rencontre avec Angelina Tezanou : Aveugle, juriste et chanteuse

Angelina by Philippe MartinElle a perdu la vue dés sa tendre enfance. Elle se retrouve l’âge de sept ans dans une école spécialisée pour non voyant en France. Diplômée d’Etudes approfondies en droit, elle abandonne son projet de thèse de doctorat pour devenir… musicienne professionnelle.

Angelina Tezanou, comment vous présentez-vous ?

Je suis née de façon tout à fait naturelle d’une femme qui s’appelle Jiofack Françoise et d’un père Jacob Tezanou. C’était à Bafou à l’ouest du Cameroun, il y a 34 ans. Je suis née avec un problème de cécité dans les gènes, puisqu’il s’agissait en faite d’une incompatibilité entre mon père et ma mère. Sur sept enfants, nous sommes trois aveugles. Je suis la troisième. J’ai grandit au village jusqu’à l’âge de sept ans. La seule particularité, c’est que ma grande sœurs allaient a l’école dés l’âge de 4 ans et que à 6 ans, j’étais encore à la maison, ça me dérangeait pas tellement parce que j’étais d’humeur assez rêveuse et assez solitaire. Cela me permettait d’inventer mes petits jeux. A partir de l’âge de 7 ans, on s’est aperçu que j’avais des problèmes sérieux et j’ai été envoyée en Europe.

Pendant ce temps est – ce que vous voyiez ? Que saviez vous de ce qui entourait ?

J’ai tout vu jusqu’à l’âge de 5 ans. Puis, j’ai perdu la vue progressivement puisque c’est une maladie dégénérescence.

Pendant mon jeune âge, je voyais mal et surtout le soir. J’avais des problèmes d’adaptation à la lumière et en période de forte lumière, je voyais mal. Puisqu’on savait que je devais finir par perdre la vue, la famille a décidé de me mettre dans une institution spécialisée pour que je puisse me préparer au jour ou je ne verrais plus. J’ai visualisé les gens que je voyais à l’époque, mes frères et mes sœurs par exemple. Je garde toujours ce réflexe, ce qui fait que souvent on ne s’aperçoit pas du fait que je ne vois pas.

Comment réagissaient les gens autour de vous par rapport à la situation ?

Cela dépend du côté où on se situe. Mes ainés peuvent mieux parler de mon environnement africain quand j’étais petite. En effet, quand on se retrouve dans une famille de sept enfants avec trois aveugles, on souffre de médisance. Quand j’étais au Cameroun, j’étais trop jeune pour me rendre compte de quoi que ce soit, mis à part le fait que j’aurais aimé aller à l’école avec mes copines et mes grandes sœurs. Quand je suis allée en Europe, j’étais entourée de personnes qui avaient les mêmes problèmes que moi. Il y avait des professeurs qui étaient habitués au problème, ce qui m’a permis de grandir tout à fait normalement. C’est après l’université qu’il m’a fallu revenir dans un milieu normal. J’ai alors réalisé que je vivais dans un «sac », un peu fermé et protégé. Là il fallu que je sois confrontée à la réalité, que j’aille à l’université avec tout le monde. J’ai réalisé à cette étape qu’il y avait un problème.

Il ya en Afrique des préjugés de sorcellerie qui pèsent sur les familles qui, comme la vôtre, ont eu plusieurs enfants infirmes. Etait-ce le cas chez vous ?

Oui. Ceux qui en ont le plus souffert, ce sont mes deux aînés. Déjà, je suis issue d’une famille polygamique. Ma mère était la dernière épouse de mon père et par conséquent, la plus contestée. En plus, elle a souffert du fait qu’elle avait trois enfants aveugles. Je crois même qu’au niveau des autres femmes et enfants de mon père, on a souvent pensé qu’il s’agissait de magie. Nous avons souvent été traités de tous les noms.

Est-ce que vous avez essayé de savoir comment vos frères supportaient leur propre infirmité ?

Pendant que j’étais au Cameroun, j’étais trop jeune mais je crois qu’on a été rejetés par nombre de nos proches parents et par la société. Il n’y avait rien d’adapté pour mon type de handicap. Face à cette situation, l’ainé de la famille, Paul Tezanou , s’est montré très combatif. Il n’a pas voulu baisser les bras quand bien même mon père privilégiait l’éducation des enfants voyants en disant que dans l’avenir, c’est eux qui s’occuperaient de nous. Nous, les trois aveugles, avons refusé d’être à la solde des autres. C’est ce qui nous a obligé à réussir. Nous avions un défi à relever puisque nous étions rejetés de part et d’autre. Je crois qu’on était condamné à la réussite, sinon pour nous, c’était la mendicité.

Est-ce qu’il a eu des menaces sur vos vie du fait de votre infirmité ?

Pas à mon niveau, mais au niveau de notre mère qui a beaucoup souffert. On l’a très mal traitée. Je trouvais cela ridicule.nos parents n’ont jamais pensé à mous éliminer. Je dois également mentionner la sœur aînée de ma mère qui l’a beaucoup réconfortée en lui disant que nous les aveugles nous serions les piliers de la famille dans l’avenir. Il y a aussi mon regretté père. Quand il nous a vus commencer à grandir, quand il a vu tout ce que réalisait Paul Tezanou au village, il a changé de langage. C’est peut être l’une des raisons pour lesquelles il m’a envoyée en France, tout à fait de bon cœur, parce qu’il avait compris qu’il y avait peut être un avenir pour nous.

Qu’est ce qui a motivé à votre avis votre réinsertion à vous et à vos frères dans la communauté ?

J’appellerais cela le destin plutôt que le hasard. Ma famille était extrêmement pauvre et nous n’avions aucun espoir. Il s’est avéré que dans la ville de Dschang, il y avait une pouponnière où travaillait une sœur du nom d’Agnès Guyot qui aimait sillonner les villages pour rencontrer les populations locales. Elle s’est intéressée à notre famille. Tout est parti de là. Au départ, elle venait nous rendre visite pour s’enquérir de notre état de santé nous administrer des soins. Dés qu’elle a su que notre problème était insoluble, elle s’est inquiétée quant à savoir ce que l’on pouvait faire pour notre avenir. Elle s’est mise à apprendre l’écriture braille par correspondance et a par la suite initié mes frères à cette écriture. J’ai pour ma part eu la chance d’être acceptée dans une école privée. Tout à fait gracieusement, des religieuses ont accepté d’assurer mon éducation dans une école qui coûtait 350 Fr français par jour et que ma famille ne pouvait absolument pas payer. C’est ainsi que je suis partie et que mes frères ont continué leur parcours ici sur place. Paul étant déjà le plus grand, la sœur religieuse s’est attelée à voir ce qui existait au Cameroun comme centre spécialisé. Il est allé à Buea pour s’imprégner de ce qui s’y faisait, surtout au niveau artisanal. Dés qu’il a eu ce lancement là, il a commencé à s’auto affirmer et décidé de créer une petite structure pour aider les autres. Dans cette structure, Siméon, le deuxième enfant de mes parents qui avait appris le braille, a été le premier exemple du centre. Il a été envoyé comme il le fait aujourd’hui avec ses 55 élèves, à l’école ordinaire, dans un système d’intégration. Aujourd’hui, Paul a un grand centre qui s’appelle le Centre d’Accueil Notre Dame de le Paix à Dschang. Siméon a été le premier camerounais aveugle à obtenir son brevet d’étude au Cameroun. Il a ensuite obtenu une bourse pour aller au Zaïre, ensuite en Tunisie et en France pour se former. Aujourd’hui il est diplômé de l’Ecole Normale supérieur et travaille comme enseignant.

Et votre parcours à vous… ?

Mon parcours est assez classique. J’étais dans une école spécialisée jusqu’en terminale. Ensuite, il ya eu l’université où j’ai fait le droit jusqu’au moment où je devais soutenir ma thèse. C’est là que je suis tombée dans la musique, la tête la première… (rires). Dans mon école, on nous offrait la possibilité d’apprendre la musique classique. J’ai toujours été passionnée par la musique. Au moment où je suis arrivée à l’université, il s’est posé un problème de moyens financiers pour financer mes études. Je n’étais plus prise en charge. Je n’avais pas de bourse. J’ai donc commencé à chanter dans les cabarets pour payer mes études en première année. Par la suite, en deuxième année, les bourses ont été débloquées mai j’ai continué à faire la musique par passion. En 1990, quand j’ai obtenu mon D.E.A, je ma suis dit qu’il était temps que je sorte mon album. J’ai essayé de faire la musique et les études à la fois. J’ai travaillé pendant deux ans à Paris comme juriste. Puisque je n’assumais pas parfaitement le travail et la musique, il a fallu que je fasse un choix. Aujourd’hui, je ne fais plus que la musique.

 

LE CHARME DU ZOUK

Est-ce que en 1990 vous aviez déjà une orientation précise pour votre carrière de musicienne ?

Non, pas exactement. Aujourd’hui, je fais du zouk, mais j’y suis tombée par hasard. C’est simplement parce que pendant une période où j’étais étudiante et que je faisais la musique pour gagner de l’argent, les seuls groupes qui m’on vraiment fait confiance étaient des groupes antillais. Ils louaient mes services d’abord en tant que clavier et même en tant que chanteuse. Comme tout groupe noir, quand ils se retrouvent entre eux, ils ne parlent que leur langue. Pour m’intégrer il fallait donc que j’apprenne cette langue. Je me suis mise à aimer la musique. J’avais grandi dans un cercle très classique. J’étais en internat avec des bonnes sœurs et la vie était au rythme des chants de messe, que j’aime bien d’ailleurs tout comme les chants grégoriens et la variété française. Je n’étais pas du tout initiée à la musique africaine. Le zouk pour moi était une musique exotique qui m’attirait énormément. Quand il s’agissait de composer des chansons, j’ai naturellement composé du zouk parce que je baignais dedans.

Est-ce que les antillais se sont montrés réceptifs ?

Très, très réceptifs… Ce sont les premiers à m’avoir fait confiance. Mon tout premier album, je l’ai fait avec un groupe filles antillaises appelées « Les Girls ». J’avais chanté toute la face B. cet album a beaucoup marché aux Antilles. J’animais beaucoup de soirées antillaises telles que les baptêmes et les mariages. Je dois dire aujourd’hui que les Antillais restent mon public de prédilection.

En dehors du créole et du français, quelle autre langue parlez –vous ?

Je me débrouille un peu en anglais, mais j’ai complètement perdu mon dialecte. Je me dis qu’il est quelque part dans ma mémoire. Je n’ai pas voulu chanter en français ou en anglais par ce que je me sens noire et que je veux chanter dans ma langue, «  BLACK ». En plus, le créole est une langue mélodieuse, agréable à chanter. C’est ma langue d’adoption. Je m’y retrouve avec l’histoire des Antilles et tout ce qu’elle véhicule. Je me sens aussi un peu expatriées. Le créole, c’est la langue qui me convient le plus. Je chante l’amour et le zouk love est la danse par excellence de l’amour.

Quelle est l’ambiance qui entoure vos efforts d’intégration et votre carrière de chanteuse ?

C’est vrai que je déplore un peu de ne pas être sollicitée dans les milieux africains jusqu’à de jour. Mais, je vais là où je peux gagner de l’argent. Je vais là où on m’appelle. C’est vrai qu’on m’appelle un peu partout dans les caraïbes. En Europe, je suis beaucoup plus sollicitée dans les boîtes antillaises que dans les boîtes africaines. Je le regrette un peu. C’est pour cela que dans mon dernier album « COTE CŒUR », j’ai quand même fait un effort pour produire un peu plus de musique africaine. Je me considère en tout cas que je ne suis qu’à mes balbutiements, j’ai encore beaucoup de chose à prouver, parce que je ne fais pas que du zouk. J’ai grandi dans un cadre privilégié qui m’a permis de flirter avec différents genres musicaux. J’aimerais bien faire profiter mon public de tous mes talents, de tout ce que j’ai en moi. C’est vrai qu’on m’a aimée dans le zouk, ça devient un peu une solution de facilité de composer et de chanter le zouk. J’ai d’autres cordes a mon arc et j’ai des projet… J’aimerais bien découvrir et travailler des rythmes africains. Au plan international, je suis très attirée par certains rythmes comme le Rythme and Blues et le Reggae. Je n’aimerais pas qu’on me cloisonne dans un genre particulier. Mon public aussi attend beaucoup de chose de moi, du travail musicalement et vocalement. Je voudrais tenir mon public en haleine pour créer tous les jours quelque chose de nouveau.

D’aucuns ont interprété votre passion pour le zouk comme la conséquence de votre déracinent. Maintenant on vous voit revenir vers l’Afrique. Comment s’opère ce retour ?

Je me suis rendue compte du fait que je n’étais pas antillaise et que je n’avais rien à voir avec leur histoire. En plus, ils ne sont ni blancs ni noirs. Ils ont leur culture. En allant là-bas, je me suis aperçue que ça n’avait rien à voir avec mon Afrique profonde.

Quand je reviens au Cameroun et que je vais chez moi au village, il y a des odeurs que je sens, des sonorités et des bruits que j’écoute et qui n’ont rien à voir avec les Antilles, ça réveille un échos et je me sens que je suis chez moi et que le Cameroun est ma terre. La première fois que je suis revenue, c’était très difficile, puisque je ne parlais plus ma langue et que je ne reconnaissais plus personne en dehors de deux ou quatre de mes 23 frères et sœurs. Régulièrement, je suis revenue, soit en vacances, soit en tant que musicienne. Je me suis plus intéressée à mon Cameroun profond et j’ai écouté d’avantage ce qui pouvait ressortir de ma personnalité. Je me rend compte que je suis plus camerounaise qu’autre chose.

Cameroun Tribune, par David NDACHI TAGNE
Culturama mercredi 24 février 1999

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En Vedette

Angelina by Philippe MartinComprenne la subtilité des deux femmes qu’il y a en moi. J’évite donc les aventures sans lendemain. C’est un mari que je veux, pas un petit ami.

 

Quel est le genre d’hommes que vous voulez ?

 

J’aime les hommes qui ont de l’humour d’abord. J’aime aussi les hommes gentils. Même s’il est pauvre et qu’il est gentil, ça me touche beaucoup. Et puis j’aime les hommes sincères aussi. Un homme qui me dit la vérité. Je crois que dans un couple, il faut de la communication mais il faut aussi beaucoup de sincérité. Je peux tout accepter sauf le mensonge. Et puis je crois que j’ai un faible aussi pour les hommes intelligents.

 

Vous dédicacerez l’album «COTE COEUR» le samedi prochain au Don Sony Night Club. Quel appel lancez-vous aux mélomanes burkinabè ?

 

Je donne rendez-vous à tous les mélomanes ce samedi donc. Ce sera une occasion pour moi de rencontrer les burkinabé car c’est la première fois que je viens au Burkina. Donc, tous ceux qui ont envie de me connaître davantage et discuter avec moi, pourront le faire. Ce sera également l’occasion de découvrir pleinement l’album « COTE CŒUR ». Je demande également aux camerounais résidant à Ouaga et aux non-voyants comme moi de venir soutenir leur sœur. Je place tous mes espoirs en eux.

 

Qu’est-ce que Angelina réserve en plus de la dédicace ?

 

Il y aura vraiment le contact personnel avec Angelina. Il y a également la possibilité de faire des photos, de discuter avec mon entourage notamment Mystic F.T Junior. Il y aura également des réponses pour ceux qui se posent des questions.

 

Un dernier mot ?

 

Oui, un autre rendez-vous que je donne, ce sera probablement pour la fin du mois pour un concert. Nous somme en train de voir les éventualités parce que la soirée de samedi sera un tout petit peu trop limitée. J’ai envie de faire une chose beaucoup plus grandiose, de voyager à l’intérieur du pays pour découvrir d’autres villes. Eventuellement les 27 et 28 de ce mois, je donnerai une prestation donc quelque chose de beaucoup plus large. Je confirmerai le rendez-vous. Merci.

 

Evasion N°0163 du Vendredi 13 août 1999

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Côté Coeur

Angelina Tezanou - Côté Cœur« COTE CŒUR »

(Angel music. Kim Music distribution)

Tout en étant camerounaise, Angelina a frappé fort il y a quelques années dans le show-biz avec l’album de facture Zouk qui avait apporté le consensus des mélomanes d’Afrique et des Caraïbes.

Maintenant qu’elle revient sur la scène, cette chanteuse qui a récemment perdu la vue, met son talent à disposition d’une louable initiative humanitaire : «  Angelina Tezanou, une non-voyante au service de aveugles africains », ainsi elle se présente à la presse et au public internationaux pour illustrer le sens d’une opération où le génie musical se combine à une démarche qui lui a déjà valu le soutien de l’association française « SERVICE » et du président de la Côte d’ Ivoire, Konan Bedié. Sur la plan musical aussi, son savoir est indiscutable : avec des complices comme Remy Salomon, Touré Aladji, Néné Tchakou, Dali Kimoko, Denis Tchankou et Dominique Genguoul (avec les africains, il fallait, bien sûr, un maître du Zouk new-wave en studio…), elle ne rate pas l’occasion de nous proposer un style assez entraînant, à la fois dansante et riche en contenu émotionnel. BRAVO !

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Une voix claire dans la nuit éternelle // Pôle Mag N°8, Décembre 2010

Ses admirateurs l’ont baptisée la Perle noire. Un surnom que ne laisse pas deviner son emploi de conseillère au Pôle emploi de Boucicaut. Pourtant, Angelina Tezanou est une star camerounaise de la chanson. Cette brune pétillante à la voix douce et mélodieuse est née avec un talent qu’elle n’a eu de cesse de cultiver. « La musique m’a toujours habitée. Je n’ai fait que renforcer un don inné », explique-t-elle. C’est d’une telle évidence pour elle, qu’aucun obstacle ne peut la faire dévier de sa destinée.

A sept ans, elle quitte son pays pour la France. Au même moment, elle perd progressivement la vue. « Je m’en suis à peine rendue compte, lance-t-elle. J’étais trop occupée ». Car elle s’initie au piano, au violon et au chant au sein d’une école religieuse et puise dans ses ressources intérieures la force de persévérer dans sa voie. Puis, elle se met à la guitare, chante dans les cabarets parisiens dès dix-huit ans et fait des rencontres qui lui permettent d’enrichir son style et de percer sur la scène musicale.

Une Star dans son pays

Sa carrière solo débute en 1990 avec Poison, un album zouk qu’elle écrit et produit seule et pour lequel elle obtient un disque d’or. Devenue une star dans son pays, elle se produit dans les plus grandes salles. Les tournées se multiplient et elle croise les plus grands : Steevie Wonder, Gilbert Montagné… et même Jean-Paul II. « La musique me permet de me réaliser, de me sentir femme, mère, citoyenne, confie-t-elle. Ma cécité n’est qu’un détail. Je ne la vis pas comme un handicap. Le musicien branche sa guitare, j’attrape mon micro et nous sommes sur la même longueur d’onde ». Et quand on voit tout l’amour que lui donne le public, on ne peut que la croire. « Pour exister, les êtres humains ont besoin de reconnaissance sociale, analyse-t-elle. Malheureusement, la société moderne nous renvoie sans cesse notre handicap : transports inaccessibles, nouvelles technologies… Je ne baisse pas les bras. Je lutte contre les préjugés et pour le droit à la pleine citoyenneté des handicapés. Cependant,c’est encore en Afrique que je me sens le plus une personne à part entière ».

Musique couleur d’ébène

Ebénite, son dernier album sorti en 2007, fait revivre tous ses tubes aux rythmes reggae, makossa, zouk ou rap. Le titre de l’album vient de « ébène », un terme qu’elle a choisi elle-même en référence à la musique noire, à sa couleur de peau chocolatée et à son style musical. Rendez-vous au New Morning pour l’applaudir en mars prochain.

POLE MAG N°8, DÉCEMBRE 2010, MARZENA ANTOLAK

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