Article du Midi Libre du 7 mai 2015 : Aveugle et conseillère pour Pôle emploi

Éducation ❘ Angélina Tezanou, marraine, mardi,
de “Différent… Comme tout le monde” à Sérignan.

Titulaire d’un DEA de droit international obtenu à l’université de Paris I, juriste, créatrice de mode, auteur-compositeur, musicienne, chanteuse, non-voyante et conseillère à Pôle emploi. Les “casquettes” d’Angélina Tezanou reflètent la richesse de celle qui a été choisie comme marraine, aux côtés du dessinateur de BD Georges Grard, ce mardi, pour la deuxième journée de l’opération “Différent… Comme tout le monde” qui se déroule au collège de Sérignan.

Cette grande et belle artiste d’origine camerounaise, qui en est à son quatrième album, travaille aussi au service audiovisuel et spectacle de l’agence Pôle emploi de Paris XVe. El- le est venue montrer, voire démontrer, aux collégiens participant à ces journées handi-citoyennes, initiées par le préfet Jean-Christophe Parisot, qu’il est possible aujourd’hui de travailler à un poste à responsabilités tout en étant non-voyante.

Angélina Tezanou avait emporté avec elle ses trois appareils indispensables. Tout d’abord, son smartphone. Celui-ci est paramétré pour mal et non voyants, avec fonctions vocales «et utilisé par tous les Américains, voyants et non voyants, qui ont, depuis longtemps, intégré le handicap dans leur culture ». Et d’ajouter : « Je détourne même certaines fonctions. Par exemple, celle qui photographie et te donne oralement la couleur. Pour m’habiller. Je photographie mon pantalon. Je demande la couleur. Il me la donne ». Pour compléter, la conseillère dispose aussi d’un dictaphone, avec carte SD pour le stockage, qui lui sert à la fois de livre, de cahier, de journal… Et d’un ordinateur portable, avec des touches en braille, qui se connecte sur son PC du bureau… « Aujourd’hui, on peut tout faire comme les voyants. C’est extraordinaire ». Oui, un “extraordinaire” devenu l’ordinaire de la conseillère Pôle emploi. D’ailleurs, son atelier du jour, elle l’a intitulé “Vie quotidienne, vie professionnelle et passion”.

ANTONIA JIMENEZ
ajimenez@midilibre.com

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Jeune Afrique parle de Angélina

Angélina Tezanou : droit dans les yeux

Chanteuse, présentatrice télé, militante, conseillère à Pôle emploi… Cette Franco-Camerounaise aveugle défie les clichés.

Elle ouvre la porte et vous regarde. Vous vous dites que non, Angélina Tezanou n’est pas aveugle. Et puis elle vous conduit vers son salon par un long escalier obscur en faisant danser sa main sur la rampe, hésitant légèrement avant de vous désigner un épais fauteuil noir.

L’appartement est au neuvième étage d’une barre d’habitation du XVe arrondissement, avec vue sur la Maison de la radio. De modestes articles de vannerie rapportés de son pays d’origine, le Cameroun, encombrent une étagère. C’est à Bafou, bourgade proche de Bafoussam, dans l’ouest du pays, que la quadragénaire (elle refuse coquettement mais fermement de donner son âge) a fait ses premiers pas dans le vaste domaine agricole d’une famille comptant pas moins de 24 enfants.

Angélina Tezanou est la fille de la cinquième épouse de son père. De ses jeunes années, elle garde une foule d’images : le petit seau bleu qu’elle emportait au marigot, les couleurs du marché, le pagne de sa mère auquel elle s’accrochait pour ne pas trébucher sur les chemins cabossés… La petite fille atteinte d’une maladie dégénérative – une rétinite pigmentaire - avait déjà du mal à voir.

Angélina Tezanou se sait différente. « Dans le village, ma mère était considérée comme une sorcière, car trois de ses enfants étaient devenus aveugles. Moi, je n’allais pas à l’école, c’était considéré comme une perte de temps. Si j’étais restée, j’aurais été condamnée à mendier auprès de ma famille pour vivre. » Un coup de pouce « divin » en décide autrement. Une religieuse, Agnès Guyot, s’inquiète de l’avenir de la petite fille et finit par trouver en France une école spécialisée qui accepte de l’accueillir gracieusement.

« Impossible de me souvenir du jour où j’ai perdu la vue, confie aujourd’hui Angélina. J’étais préoccupée par mes études, j’avais une vraie soif de réussite… Si mes résultats n’étaient pas à la hauteur, je retournais au Cameroun. Je suis restée chez les soeurs jusqu’à la troisième, puis à l’Institut national des jeunes aveugles. J’ai enchaîné sur un DEA en droit international économique et commercial. J’ai compris que je devenais aveugle quand je suis tombée dans les escaliers du métro. Le passage à la canne blanche a été très difficile… Cela affectait ma silhouette, ma féminité. Dans mon lit, lorsque j’ouvrais les yeux, j’étais toujours dans le même brouillard gris. »

Dans son salon parisien, des albums en pagaille. Sur la chaîne hi-fi, Maxime Le Forestier voisine avec Cesaria Evora. Au mur, une affiche montre Tezanou drapée de rose satiné, bijoux et sourire éclatants. C’était en 1990, au temps de l’album Poison, disque d’or au Togo. L’époque des tournées internationales, lorsqu’elle emportait 2 000 à 3 000 albums pour contenter ses fans.

Un jour, la trop sérieuse étudiante a basculé, abandonnant sa thèse en droit de l’environnement pour se consacrer à la musique. Les soeurs lui avaient appris le chant, le violon et le piano, elle a complété avec la guitare pour chanter cette variété qui passait à la radio. Pour payer ses études, elle a joué dans des restaurants, intégré des groupes de zouk, avant de se lancer en solo. Son cinquième album, des reprises de chansons françaises, sortira fin mars.

Mais la musique n’est que le talent le plus médiatisé du phénomène Tezanou. Cette hyperactive gagne sa vie depuis douze ans en tant que conseillère à Pôle emploi, à l’antenne spectacle et audiovisuel. Mais on l’aperçoit aussi sur le petit écran : elle a officié sur Télésud, une web TV, et est actuellement en pourparlers avec Ubiznews TV pour une émission à venir au printemps. Militante, elle soutient son frère Paul, qui dirige le centre d’accueil Notre-Dame-de-la-Paix, à Dschang, où des dizaines d’étudiants handicapés apprennent le braille.

Elle a créé en 2006 les associations Angel Music et Cécimode. La première assure la promotion d’artistes handicapés quand la seconde propose des services de relooking aux non-voyantes. « Je me suis aperçue que les aveugles étaient souvent mal fagotées… Beaucoup de structures visent à améliorer l’éducation, l’accessibilité, mais on oublie que les femmes aveugles sont avant tout des femmes ! Elles ont un corps qui aime, qui désire. Et se sentir belle permet de gagner en confiance en soi, ce dont nous avons beaucoup besoin. »

Dernier chantier en date : la politique. La très pragmatique Tezanou, d’abord tentée par l’écologie, s’est rapprochée de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), qui contrôle son arrondissement parisien. « Les plus grandes avancées pour le handicap ont été réalisées par la droite », soutient-elle, rappelant la loi pour l’égalité des chances adoptée durant la présidence Chirac. Membre du Conseil national des Français pour la diversité créé par le parti de Nicolas Sarkozy, mais gardant toujours son franc-parler, elle a un côté poil-à-­gratter. Aux conventions de l’UMP, Tezanou fait rire, choque un peu, mais avance ses pions.

« Je me suis rapprochée de l’association Les Chemins de la réussite, qui permet à des jeunes méritants du monde entier d’avoir accès à l’éducation, aux grandes écoles et d’être parrainés pendant un an par des personnalités. Cette année, j’ai fait en sorte qu’il s’agisse de handicapés. Voilà du concret ! » Angélina Tezanou sourit, toujours en vous regardant droit dans les yeux.

Source : http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2822p052.xml0/france-musique-handicap-t-l-vision-parcours-ang-lina-tezanou-droit-dans-les-yeux.html

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Annulation du Colloque au Sénat

Bonjour les amis,

En raison de l’attentat à Paris, toutes les manifestations au sénat sont anulées pour le moment.

Nous vous communiquerons une date à ce sujet ultérieurement.

Emission France Culture « Au delà des chiffres, à quoi ressemble le chômage ? » du 30/10/2014

Bonjour les amis,

Récemment je vous ai fait part de ma participation à une émission chez France Culture. Cette fois-ci, j’aimerais tout simplement vous la faire écouter. Voici le lien :

http://www.franceculture.fr/emission-les-matins-au-dela-des-chiffres-a-quoi-ressemble-le-chomage-2014-10-30 

Nora Philippe, Alice Béja, Vincent Message et Angelina Tezanou Francesca Fossati © Radio France

Nora Philippe, Alice Béja, Vincent Message et Angelina Tezanou Francesca Fossati © Radio France


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Une voix claire dans la nuit éternelle // Pôle Mag N°8, Décembre 2010

Ses admirateurs l’ont baptisée la Perle noire. Un surnom que ne laisse pas deviner son emploi de conseillère au Pôle emploi de Boucicaut. Pourtant, Angelina Tezanou est une star camerounaise de la chanson. Cette brune pétillante à la voix douce et mélodieuse est née avec un talent qu’elle n’a eu de cesse de cultiver. « La musique m’a toujours habitée. Je n’ai fait que renforcer un don inné », explique-t-elle. C’est d’une telle évidence pour elle, qu’aucun obstacle ne peut la faire dévier de sa destinée.

A sept ans, elle quitte son pays pour la France. Au même moment, elle perd progressivement la vue. « Je m’en suis à peine rendue compte, lance-t-elle. J’étais trop occupée ». Car elle s’initie au piano, au violon et au chant au sein d’une école religieuse et puise dans ses ressources intérieures la force de persévérer dans sa voie. Puis, elle se met à la guitare, chante dans les cabarets parisiens dès dix-huit ans et fait des rencontres qui lui permettent d’enrichir son style et de percer sur la scène musicale.

Une Star dans son pays

Sa carrière solo débute en 1990 avec Poison, un album zouk qu’elle écrit et produit seule et pour lequel elle obtient un disque d’or. Devenue une star dans son pays, elle se produit dans les plus grandes salles. Les tournées se multiplient et elle croise les plus grands : Steevie Wonder, Gilbert Montagné… et même Jean-Paul II. « La musique me permet de me réaliser, de me sentir femme, mère, citoyenne, confie-t-elle. Ma cécité n’est qu’un détail. Je ne la vis pas comme un handicap. Le musicien branche sa guitare, j’attrape mon micro et nous sommes sur la même longueur d’onde ». Et quand on voit tout l’amour que lui donne le public, on ne peut que la croire. « Pour exister, les êtres humains ont besoin de reconnaissance sociale, analyse-t-elle. Malheureusement, la société moderne nous renvoie sans cesse notre handicap : transports inaccessibles, nouvelles technologies… Je ne baisse pas les bras. Je lutte contre les préjugés et pour le droit à la pleine citoyenneté des handicapés. Cependant,c’est encore en Afrique que je me sens le plus une personne à part entière ».

Musique couleur d’ébène

Ebénite, son dernier album sorti en 2007, fait revivre tous ses tubes aux rythmes reggae, makossa, zouk ou rap. Le titre de l’album vient de « ébène », un terme qu’elle a choisi elle-même en référence à la musique noire, à sa couleur de peau chocolatée et à son style musical. Rendez-vous au New Morning pour l’applaudir en mars prochain.

POLE MAG N°8, DÉCEMBRE 2010, MARZENA ANTOLAK

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